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Le nouveau monde du travail : l’IA redéfinit-elle (vraiment) nos métiers ?​

L’intelligence artificielle bouleverse notre rapport au travail, rebat les cartes des compétences et redessine les priorités des entreprises. Mais qu’expriment réellement les données ? Pour sortir du bruit, il faut une lecture claire, objective et fondée sur des faits. Sur scène, lors de notre dernier Talent Connect France, Karin Kimbrough, Chief Economist chez LinkedIn, est venue partager cette lecture. Diplômée de Stanford et Harvard, docteure en économie à Oxford, et arrivée en 2020 chez LinkedIn, elle a pour mission de transformer nos données en analyses compréhensibles et actionnables pour les décideurs. Son rôle : identifier les grandes tendances, capter les signaux faibles et fournir des clés de lecture stratégiques aux entreprises. ​

Si vous êtes pressé.e.s… ​

1. Le marché ralentit, mais ne s’effondre pas.​

2. L’IA transforme les compétences plus vite que les métiers.​

3. La priorité stratégique : construire une population de professionnels  résiliente.
 

Une économie résiliente, mais un marché du travail figé​

Contrairement aux craintes exprimées l’an dernier, la récession mondiale n’a pas eu lieu. L’activité économique tient. Pourtant, le sentiment des professionnels est dégradé. En France, seuls 5 % de nos membres actifs interrogés pensent que la situation économique va s’améliorer l’an prochain. Et ce pessimisme n’est pas isolé : il est mondial. Le paradoxe est donc frappant : l’économie résiste, mais le marché du travail, lui, s’est grippé. Et c’est le cas, partout. Car la rotation est faible : les salariés restent en poste, par prudence. ​​

“Trois ans plus tôt, on comptait environ trois candidats pour deux postes. Aujourd’hui, c’est six pour deux. Ce phénomène n’est pas géographique, il est sectoriel. Nous sommes actuellement dans une phase de réajustement post-pandémie, marquée par l’incertitude économique et les interrogations sur la mise en œuvre réelle de l’IA”, explique Karin Kimbrough. ​

Et c’est dans ce contexte de prudence généralisée que la question de l’IA prend toute sa dimension.

L’IA : destruction ou transformation ?

Dire que l’IA n’a aucun impact serait mentir. Mais affirmer qu’elle détruit massivement l’emploi le serait aussi. Car les données nous le démontrent : les offres d’emploi pour des rôles directement “disruptés” par l’IA sont en baisse d’environ 7 %. En revanche, les offres exigeant des compétences liées à l’IA augmentent d’environ 8 %. Par ailleurs, 4 millions d’offres d’emplois recherchent aujourd’hui une combinaison de compétences IA et humaines et plus de 1,3 million de nouveaux emplois liés à l’IA ont été créés dans le monde. Selon Karin Kimbrough, nous entrons dans une “new collar era”, une nouvelle ère d’emplois qui combinent compétences IA et humaines. Mais la vraie transformation concerne surtout, et avant tout, les compétences.​

Le vrai sujet : le déplacement des compétences

Les métiers ne disparaissent pas du jour au lendemain. L’exemple historique de l’“elevator operator” aux États-Unis montre qu’un métier peut mettre des décennies à s’éteindre. Ce qui change plus vite, ce sont les compétences. Car dorénavant, presque tous les rôles intègrent désormais une dimension IA. Pourtant, moins de 1 % des membres LinkedIn sont de véritables spécialistes IA. La demande dépasse très largement l’offre. Les talents IA sont huit fois plus mobiles à l’international que la moyenne. Conclusion : sauf à entrer dans une nouvelle guerre des talents à l’échelle mondiale, les entreprises devront développer leurs talents en interne.​

“L’IA est simultanément un accélérateur et un facteur de prudence. Elle pousse les entreprises à investir, expérimenter, transformer. Mais elle renforce aussi l’incertitude : quelles compétences seront réellement nécessaires dans 5 ou 10 ans ? L’enjeu stratégique n’est donc pas de prédire précisément l’avenir, mais de bâtir une main-d’œuvre résiliente. Autrement dit : des talents performants aujourd’hui, capables de s’adapter demain, et encore pertinents dans dix ans.” ​

Dans ce contexte, les RH deviennent des architectes de la transformation. Leur rôle évolue fortement : comprendre la stratégie, piloter des équipes hybrides (humains + IA + agents automatisés), créer un climat de sécurité, concevoir des parcours d’upskilling pour chaque métier et contribuer à piloter le change management. Selon Karin Kimbrough, “le DRH n’est plus seulement gestionnaire de talents. Il devient un véritable ‘system engineer’ du capital humain.”​

Alors, pour répondre au titre de ce billet de blog : oui. Nous vivons une transition historique. L’IA pénètre progressivement tous les métiers. Mais elle ne transforme pas toutes les entreprises au même rythme. L’enjeu n’est pas d’aller plus vite que les autres, mais bel et bien d’apprendre. Et le futur du travail ne se résume pas à une opposition entre humains et machines. Il repose sur une question beaucoup plus simple, et beaucoup plus exigeante : comment construire des organisations capables d’évoluer, même quand nous ne savons pas exactement vers quoi nous allons ?​
 

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